Dans ce guide
1. Base juridique : le Dahir de la nationalité de 1958 2. Nationalité d'origine (Jus Sanguinis) 3. Nationalité de naissance sur le sol marocain 4. Naturalisation : conditions et processus 5. Nationalité par le mariage 6. La double nationalité en droit marocain 7. Procédure de candidature et documents 8. Chronologie, décisions et appels 9. Perte et renonciation à la nationalité Foire aux questions1. Base juridique : le Dahir de la nationalité de 1958
La nationalité marocaine est régie essentiellement par le Dahir n° 1-58-250 du 6 septembre 1958 relatif à la nationalité marocaine (le « Code de la nationalité »), tel que modifié à plusieurs reprises. L'amendement le plus important a été introduit par Loi n°62-06, promulgué par le Dahir n° 1-07-80 du 3 Rabii II 1428 (23 avril 2007). Cette réforme a étendu le droit de transmettre la nationalité marocaine par la lignée maternelle, un changement notable par rapport à l'ancien système exclusivement patrilinéaire.
Le Code de la nationalité fixe les conditions d'acquisition, de conservation, de perte et de renonciation à la nationalité marocaine. Il s'appuie principalement sur le principe de jus sanguinis (descente), avec une application limitée de jus soli (lieu de naissance). Comprendre quels articles s'appliquent à une situation donnée nécessite une lecture attentive du Code et des circonstances de chaque cas.
Les questions de nationalité au Maroc comportent à la fois des dimensions civiles et administratives. Les services de l'état civil du ministère de l'Intérieur tiennent l'état civil, tandis que le ministère de la Justice gère les dossiers de naturalisation. Les décisions concernant la naturalisation et l'acquisition de la nationalité par le mariage sont formellement conférées par décret royal, reflétant les prérogatives constitutionnelles du Roi en matière de nationalité.
2. Nationalité d'origine (Jus Sanguinis)
La règle dominante dans le droit de la nationalité marocaine est jus sanguinis: la nationalité se transmet par filiation. L'article 6 du Code de la nationalité, tel que modifié en 2007, prévoit qu'un enfant est marocain par filiation dans deux situations :
- Né d'un père marocain, quel que soit le lieu de naissance de l'enfant et quelle que soit la nationalité de la mère. Cette règle s'applique automatiquement à la naissance.
- Né d'une mère marocaine et d'un père étranger. Avant l’amendement de 2007, cette affaire ne donnait pas automatiquement à l’enfant la nationalité marocaine. La réforme a introduit le droit pour cet enfant d'opter pour la nationalité marocaine en faisant une déclaration auprès de l'autorité compétente, sous réserve de conditions liées à la résidence habituelle de l'enfant au Maroc.
L'importance pratique de la réforme de 2007 est significative pour les enfants des couples mixtes dont la mère est marocaine. Ces enfants, auparavant exclus de la transmission automatique par la lignée maternelle, peuvent désormais acquérir la nationalité marocaine par le biais d'une procédure de déclaration.
Pour les enfants nés de deux parents marocains, la nationalité est automatique et ne nécessite aucune autre formalité. La nationalité est enregistrée dans les documents d'état civil (acte de naissance) de l'enfant puis sur sa carte nationale d'identité marocaine (Carte Nationale d'Identité Electronique - CNIE) lorsqu'il atteint l'âge approprié.
3. Nationalité de naissance sur le sol marocain (Jus Soli)
Le Maroc n'applique pas de règle générale de jus soli accordant la nationalité à toutes les personnes nées sur le territoire marocain. Cependant, le Code de la nationalité contient des exceptions limitées basées sur la naissance au Maroc :
- Enfants trouvés: L'enfant trouvé au Maroc dont la filiation est inconnue est présumé marocain de naissance en vertu de l'article 7 du Code. Cette présomption peut être renversée s'il est établi que l'enfant est de nationalité étrangère.
- Enfants nés au Maroc de parents apatrides: Aux termes de l'article 8, l'enfant né au Maroc de parents eux-mêmes apatrides ou de nationalité inconnue acquiert la nationalité marocaine à la naissance.
- Double jus sol: L'enfant né au Maroc dont le parent est également né au Maroc peut revendiquer la nationalité marocaine par déclaration, à condition que les conditions du Code soient remplies.
Dans le cas ordinaire d'un étranger né au Maroc de deux parents étrangers, la naissance sur le seul sol marocain ne confère aucun droit à la nationalité marocaine. L'enfant suit les règles de nationalité du pays de ses parents.
4. Naturalisation : conditions et processus
La naturalisation est la principale voie par laquelle un étranger ayant résidé au Maroc pendant une période prolongée peut acquérir la nationalité marocaine. Elle est régie par les articles 11 à 17 du Code de la nationalité. La naturalisation n'est pas un droit ; il s'agit d'un acte discrétionnaire de l'État, conféré par arrêté royal suite à une recommandation du ministère de la Justice.
Conditions de naturalisation
Pour être éligible à la naturalisation, le demandeur doit généralement remplir toutes les conditions suivantes au moment de la demande :
- Résidence légale de cinq ans: Le demandeur doit avoir résidé légalement et de manière continue au Maroc pendant au moins cinq ans immédiatement avant la demande. Les absences de plus de six mois au cours d'une année peuvent interrompre la continuité de la résidence. Le séjour doit être légal, ce qui signifie que le demandeur doit avoir détenu des documents de séjour valides pendant toute la durée du séjour.
- Bonne conduite et moralité: Le demandeur ne doit pas avoir été reconnu coupable d'un crime ou d'un délit de nature à nuire à sa moralité. Un extrait de casier judiciaire du Maroc et, généralement, du pays d'origine est requis.
- Capacité mentale et physique: Le demandeur doit avoir la pleine capacité juridique.
- Langue: Une connaissance fonctionnelle de l'arabe ou de l'une des langues parlées du Maroc (Tamazight/Darija) est généralement attendue, bien que le Code ne précise pas de test linguistique formel dans tous les cas.
- Moyens financiers: Le demandeur doit démontrer qu'il possède des ressources financières suffisantes pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses personnes à charge sans dépendre de l'aide publique.
- Santé: Le candidat ne doit pas souffrir d'une maladie contagieuse ou d'un handicap qui présenterait un risque pour la santé publique.
Exigence de résidence réduite
La condition de cinq ans est réduite à deux ans dans certains cas précisés par le Code de la nationalité, notamment pour les candidats ayant rendu des services exceptionnels au Maroc, ceux ayant réalisé des investissements importants ou encore ceux détenant de hautes qualifications académiques ou professionnelles présentant un intérêt pour le pays.
De plus, le conjoint étranger d'un ressortissant marocain peut demander la naturalisation sous un régime distinct avec des conditions différentes, discutées dans la section suivante.
5. Acquérir la nationalité par le mariage
Le mariage avec un ressortissant marocain crée une voie juridique spécifique vers la nationalité marocaine, mais il n'entraîne pas une acquisition automatique. Les règles diffèrent selon que c'est le mari ou la femme qui est marocain.
Épouse étrangère d'un homme marocain
En vertu de l'article 10 du Code de la nationalité, une femme étrangère mariée à un ressortissant marocain peut demander la nationalité marocaine. Les principales conditions sont :
- Le mariage doit exister depuis au moins cinq ans au moment de la demande.
- Le mariage doit être toujours valide et subsistant au moment de la demande (c'est-à-dire ni divorcé ni annulé).
- Le demandeur doit remplir les conditions générales de bonne conduite applicables à la naturalisation.
L'acquisition dans ce cas se fait également par arrêté royal. Il n’y a pas d’acquisition automatique lors de la célébration du mariage, ni au bout de cinq ans.
Mari étranger d'une femme marocaine
La réforme de 2007 a introduit une disposition correspondante, quoique non symétrique, pour les hommes étrangers mariés à des Marocaines. Un homme étranger peut demander la nationalité marocaine après cinq ans de mariage valide avec une femme marocaine. Cependant, les conditions pour le mari étranger sont généralement évaluées avec le même degré de contrôle administratif que la naturalisation standard.
Il est important de noter qu’en vertu du droit de la famille marocain, une femme musulmane marocaine ne peut épouser qu’un homme musulman. Cette exigence religieuse a des implications sur la reconnaissance du mariage lui-même, ce qui à son tour affecte le processus de demande de nationalité. Les mariages contractés à l'étranger entre une Marocaine et un étranger non musulman peuvent faire face à des difficultés de reconnaissance devant les autorités marocaines de l'état civil.
6. La double nationalité en droit marocain
Le Maroc ne dispose pas de loi spécifique interdisant formellement la double nationalité, ni de loi complète l'autorisant expressément en toutes circonstances. En pratique, de nombreux ressortissants marocains vivant dans les pays européens, en Amérique du Nord et ailleurs possèdent la nationalité de leur pays de résidence parallèlement à leur nationalité marocaine, et l'État marocain ne leur impose généralement pas de renoncer à leur statut marocain.
Cependant, la loi marocaine ne reconnaît pas automatiquement les effets juridiques d'une nationalité étrangère lorsqu'un ressortissant marocain se trouve sur le territoire marocain. L'article 30 du Code de la nationalité prévoit qu'un Marocain qui acquiert une nationalité étrangère conserve la nationalité marocaine et est traité comme un Marocain par les autorités marocaines sur le sol marocain. La protection consulaire de l'État étranger n'est donc pas opérationnelle au Maroc pour ces personnes.
Pour les étrangers qui acquièrent la nationalité marocaine, la question de la double nationalité dépend de la loi de leur pays d'origine. Certains États révoquent automatiquement la nationalité d'un citoyen lors de l'acquisition d'une nationalité étrangère ; d'autres non. Le demandeur doit vérifier la situation de son pays d'origine avant de procéder à une demande de naturalisation.
7. Procédure de candidature et documents requis
Les demandes de naturalisation et les demandes de nationalité fondées sur le mariage sont soumises au ministère de la Justice à Rabat, soit directement, soit par l'intermédiaire du procureur du Roi près le tribunal de première instance le plus proche du lieu de résidence du requérant. En pratique, le dépôt initial passe souvent par le tribunal, qui transmet ensuite le dossier au ministère.
Documents généralement requis
Les documents suivants sont généralement requis, bien que la liste exacte puisse varier en fonction du type de demande et des instructions émises par le ministère de la Justice :
- Une demande écrite (demande de naturalisation ou demande d'acquisition) adressée au Ministre de la Justice.
- Un passeport valide et des copies de toutes les pages montrant les cachets d'entrée et de sortie.
- Un acte de naissance, traduit en arabe par un traducteur agréé.
- Une attestation de résidence légale continue au Maroc pour la période requise, délivrée par la police compétente ou la DGST.
- Un extrait du casier judiciaire marocain, disponible au greffe du tribunal de première instance.
- Un extrait du casier judiciaire du pays d’origine, traduit en arabe.
- Documents attestant des moyens financiers : contrat de travail, fiches de salaire, relevés bancaires, justificatif de patrimoine ou de revenus professionnels.
- Pour les demandes fondées sur le mariage : l'acte de mariage, reconnu par les autorités marocaines, et si le conjoint est marocain, un justificatif de la nationalité marocaine du conjoint (copie du CNIE).
- Certificat médical confirmant l'absence de maladie contagieuse.
- Photographies récentes au format passeport.
- Preuve de l'adresse actuelle du demandeur au Maroc (certificat de résidence).
Tous les documents en langue étrangère doivent être accompagnés de traductions certifiées en arabe. Les documents délivrés à l'étranger nécessitent généralement une légalisation (apostille ou légalisation complète, selon le pays d'origine et les traités bilatéraux applicables).
8. Chronologie, décisions et appels
Les demandes de nationalité marocaine ne suivent pas de délai de traitement légal fixe. Le ministère de la Justice examine le dossier et peut demander des documents complémentaires ou mener une enquête administrative sur les antécédents et la personnalité du demandeur. En pratique, le traitement d'une demande de naturalisation prend généralement entre un et trois ans à compter du dépôt du dossier complet.
La décision d'accorder ou de refuser la nationalité est prise par arrêté royal (dahir). L'administration n'est pas tenue de motiver un refus et l'exécutif conserve un large pouvoir discrétionnaire dans ce domaine. Les tribunaux administratifs marocains ont dans certains cas examiné des irrégularités de procédure dans le traitement des dossiers de nationalité, mais les contestations sur le fond sont limitées par le caractère discrétionnaire de leur pouvoir.
Si une demande de nationalité est refusée, le demandeur peut présenter une nouvelle demande après un délai d'attente. Dans les cas où il existe des preuves d'erreur de procédure (par exemple, un dossier n'a pas été correctement transmis ou les documents requis ont été rejetés sans base légale), un recours en justice devant le tribunal administratif (Tribunal Administratif) peut être envisagé, bien que les perspectives dépendent des faits spécifiques.
Dès l'octroi de la nationalité par arrêté royal, le nouveau ressortissant marocain peut procéder à l'inscription de sa nationalité aux actes de l'état civil et demander une carte nationale d'identité et un passeport marocains.
9. Perte et renonciation à la nationalité
La nationalité marocaine peut être perdue dans des circonstances particulières énumérées par le Code de la nationalité :
- Acquisition volontaire d'une nationalité étrangère dans certaines circonstances, peut, en vertu de l'article 19, entraîner la perte de la nationalité marocaine si la personne a établi sa résidence principale à l'étranger et a explicitement renoncé à la nationalité marocaine par la procédure prescrite. Toutefois, le simple fait d’acquérir une nationalité étrangère n’entraîne pas automatiquement la perte de la nationalité marocaine.
- Renonciation volontaire: Le ressortissant marocain qui est également ressortissant d'un autre Etat peut, en vertu de l'article 20, renoncer à la nationalité marocaine par déclaration, sous réserve de l'autorisation du ministère de la Justice. La renonciation ne devient effective qu'à compter de la date de l'autorisation.
- Révocation: Les nationaux naturalisés qui ont obtenu leur nationalité par fraude, fausses déclarations ou dissimulation d'informations importantes peuvent se voir retirer leur nationalité dans un délai fixé par le Code, sous réserve d'une décision de justice.
Un enfant mineur marocain par filiation ne peut perdre la nationalité marocaine par décision unilatérale d'un parent. Le Code contient des garanties protégeant la nationalité des mineurs.
Foire aux questions
Un étranger peut-il devenir citoyen marocain par naturalisation ?
Oui. Un étranger peut demander la nationalité marocaine par naturalisation après avoir accompli cinq années de résidence légale continue au Maroc. Le candidat doit démontrer une bonne conduite, aucun casier judiciaire grave, des moyens financiers suffisants pour subvenir à ses besoins et une connaissance pratique de l'arabe ou de l'une des langues parlées du pays. La demande est déposée auprès du ministère de la Justice et la décision est laissée à la discrétion du Roi par arrêté royal.
Une femme étrangère acquiert-elle automatiquement la nationalité marocaine en épousant un Marocain ?
Non. Le mariage avec un ressortissant marocain ne confère pas automatiquement la nationalité marocaine. Une femme étrangère mariée à un Marocain peut demander la nationalité marocaine après cinq ans de mariage valide, à condition que le mariage soit toujours en vigueur au moment de la demande. La demande est adressée au ministère de la Justice et est soumise à un contrôle administratif et à un arrêté royal.
Un Marocain marié à une étrangère peut-il transmettre la nationalité marocaine à ses enfants ?
Oui. Aux termes de l'article 6 du Dahir du 6 septembre 1958 relatif à la nationalité marocaine, l'enfant né d'un père marocain acquiert la nationalité marocaine par filiation quel que soit le pays de naissance de l'enfant ou la nationalité de la mère. Depuis l'amendement de 2007, un enfant né d'une mère marocaine et d'un père étranger peut également acquérir la nationalité marocaine par déclaration.
Le Maroc reconnaît-il la double nationalité ?
Le Maroc n'interdit pas formellement à ses ressortissants de détenir une deuxième nationalité, et de nombreux ressortissants marocains résidant à l'étranger possèdent un double statut. Cependant, la loi marocaine ne prévoit pas de cadre général explicite garantissant la double nationalité dans tous les cas. Lorsqu'un Marocain acquiert une nationalité étrangère, le Maroc peut toujours le traiter comme un citoyen marocain sur le territoire marocain. Les implications pratiques varient selon le contexte.
Que se passe-t-il si une demande de nationalité est refusée ?
La loi marocaine sur la nationalité accorde un large pouvoir discrétionnaire à l'exécutif dans le traitement des demandes de naturalisation. En cas de refus d'une demande, il n'existe pas de droit de recours automatique devant un tribunal administratif au même titre que les décisions administratives ordinaires. Le demandeur peut présenter une nouvelle demande après un délai d'attente ou demander un conseil juridique pour comprendre s'il existe des motifs procéduraux lui permettant de contester le refus devant les tribunaux administratifs.
Clause de non-responsabilité
Cet article fournit des informations juridiques générales sur l'acquisition de la nationalité marocaine. Il ne constitue pas un conseil juridique pour une situation spécifique. La loi sur la nationalité marocaine et la pratique administrative peuvent changer. Les décisions en matière de citoyenneté et de nationalité impliquent un pouvoir exécutif discrétionnaire important. Pour des conseils adaptés à votre situation, consultez un avocat qualifié admis au barreau marocain.
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