Dans ce guide
Qu’est-ce que la prescription en droit marocain ? Prescription Civile (DOC) Prescription commerciale Prescription du droit du travail Situation familiale et personnelle Immobilier et propriété Ordonnance pénale Interruption et suspension Effets de la prescription Foire aux questionsQu’est-ce que la prescription en droit marocain ?
Ordonnance (prescription extinctive) est le mécanisme juridique par lequel le passage du temps éteint le droit de saisir un tribunal. Une fois expiré le délai de prescription applicable et que le débiteur invoque l'exception, la créance du créancier devient juridiquement inopposable, même si elle était légitime au moment où elle est née.
La loi marocaine reconnaît deux types de prescription : la prescription extinctive (qui détruit le droit de recours) et la prescription acquisitive (prescription acquisitive or usucapion), par lequel la propriété d'un bien peut être acquise par possession prolongée. Ce guide se concentre sur la prescription extinctive – les délais de prescription qui empêchent les réclamations périmées d'être plaidées.
Les principales sources légales de prescription au Maroc sont :
- Dahir des Obligations et Contrats (DOC) : Prescription civile générale, articles 379-399
- Code de Commerce : Prescription commerciale (article 5)
- Code du Travail (Loi 65-99) : Prescription de travail (article 395)
- Moudawana (Loi 70-03) : Situation familiale et personnelle
- Code de procédure pénale : Prescription pénale
- Diverses lois spéciales : Règles de prescription fiscale, sociale et sectorielle
Il est essentiel de comprendre quelle période de prescription s’applique à votre réclamation – et quand elle a commencé à courir. Déposer une demande trop tard signifie perdre le droit au recouvrement, quel que soit le bien-fondé.
Prescription Civile (DOC)
Le Dahir des Obligations et Contrats fixe un cadre général de prescription des obligations civiles :
Période générale : 15 ans
Le délai de prescription générale pour les actions civiles personnelles est de 15 ans en vertu du DOC (article 387). Sont concernés : les créances contractuelles non régies par une règle particulière, les remboursements de prêts entre particuliers (contexte non commercial), les arriérés de loyers pour les baux non commerciaux et les créances pour enrichissement sans cause.
Le délai de 15 ans court à compter de la date à laquelle le droit d'action est né – généralement la date à laquelle l'obligation est devenue exigible et le créancier avait le droit d'exiger l'exécution ou le paiement.
Périodes civiles spéciales plus courtes
- 5 ans : Réclamations des professionnels (médecins, avocats, ingénieurs, architectes) pour leurs honoraires — dès la fin des prestations
- 2 ans: Réclamations des commerçants contre des non-marchands pour les marchandises vendues (crédit au détail) — à compter de la livraison
- 2 ans: Réclamations pour obligations périodiques (loyers, intérêts, rentes) — chaque tranche a sa propre prescription
- 1 an : Réclamations des hôteliers ou des restaurateurs contre les clients — à compter de la date de départ
- 6 mois : Réclamations des artisans et commerçants pour les prestations quotidiennes — à compter de la date de prestation
Réclamations délictuelles (Responsabilité Délictuelle)
Les demandes de dommages-intérêts résultant d'un acte fautif (délit/délit) sont soumises à une prescription de 5 ans à compter de la date à laquelle la victime a eu ou aurait dû avoir connaissance du dommage et de son auteur. Toutefois, si l'acte constitue une infraction pénale, le délai de prescription pénale fait foi (voir partie pénale ci-dessous).
Prescription commerciale
Les litiges commerciaux entre commerçants sont soumis à un régime de prescription spécifique en vertu de l'article 5 du Code de commerce :
- Prescription commerciale générale : 5 ans — s'applique à toutes les obligations commerciales entre commerçants découlant de leur activité commerciale, y compris les factures impayées de biens et de services, les litiges contractuels commerciaux et les accords de crédit commercial
- Chèques impayés : 1 an à compter de la date de présentation au paiement
- Lettres de change : 3 ans à compter de la date d'échéance contre l'accepteur ; 1 an pour les actions des endosseurs ; 6 mois entre endosseurs
- Billets à ordre : 3 ans dès l'échéance contre l'émetteur
- Réclamations d'assurance : 2 ans dès l’événement déclencheur, avec quelques variations selon le type d’assurance
- Créances commerciales maritimes : 1 an de la cause d'action (Code de Commerce Maritime)
- Réclamations en matière de droit de la concurrence : 5 ans à compter du jour où le demandeur a connu ou aurait pu avoir connaissance de l'infraction
La prescription commerciale ne s'applique que lorsque la créance découle d'un acte commercial (acte de commerce) et les deux parties sont des commerçants. Les transactions mixtes – dans lesquelles une partie est un commerçant et l’autre un consommateur – peuvent suivre des règles différentes selon la loi qui régit la réclamation.
Prescription du droit du travail
En vertu de l'article 395 du Code du travail (loi 65-99), les créances nées de la relation de travail sont soumises à une Délai de prescription de 2 ans. Cela s'applique à :
- Salaires, heures supplémentaires ou primes impayés
- Demande d'indemnité de licenciement abusif
- Indemnités de départ
- Réclamations pour délais de préavis non respectés
- Les demandes d'indemnités de vacances n'ont pas été acceptées
Le délai de 2 ans court à compter de la date de départ de l'entreprise (date de départ) — et non à partir de la date à laquelle chaque salaire ou avantage est devenu dû pendant l'emploi. Il s'agit d'une règle cruciale : un salarié qui attend plus de 2 ans après avoir quitté son emploi perd le droit à réclamation même pour des événements survenus bien plus tôt.
Les sinistres en cas d'accident du travail et de maladie professionnelle relevant de la réglementation CNSS ont leurs propres délais de prescription, qui peuvent différer des règles du Code du travail.
Situation familiale et personnelle
La Moudawana (Code de la famille, loi 70-03) et la loi sur le statut personnel y afférente comportent des règles spécifiques :
- Actions de filiation (paternité) : Doit être amené avant que l'enfant n'atteigne la majorité (18 ans) ou pendant la période d'iddah après le décès du père – des règles spécifiques s'appliquent en vertu des articles 150 à 166 de Moudawana.
- Réclamations successorales : Pas de délai de prescription fixe en droit marocain — les droits de succession sont généralement considérés comme imprescriptibles entre héritiers, bien qu'en pratique de longs délais créent des difficultés en matière de preuve.
- Créances alimentaires (nafaqa) : La pension alimentaire impayée est prescrite après 3 ans à compter de la date à laquelle chaque paiement est devenu exigible (Moudawana Article 201)
- Mahr (dot) prétend : La réclamation d'une épouse pour le mahr différé impayé prescrit dans 15 ans selon les règles générales du DOC
- Réclamations financières après le divorce (muta'a, soutien à l'iddah) : Soumis aux règles générales de prescription civile — 15 ans à compter de la date du divorce sauf si un délai spécial plus court s'applique
Immobilier et propriété
Les règles de prescription immobilière au Maroc dépendent essentiellement du fait que la propriété soit enregistrée ou non :
- Propriété enregistrée (titre foncier — Loi 14-07) : Le système du titre foncier offre une protection absolue au propriétaire enregistré. Une fois qu’une propriété est immatriculée, l’enregistrement confère un titre inattaquable – aucune prescription ou réclamation de possession adversative ne peut l’éteindre. Les obligations contractuelles relatives aux biens immatriculés (prix d'achat impayé, arriérés de loyers) suivent leurs délais de prescription civile ou commerciale respectifs.
- Propriété non enregistrée (melk / propriété coutumière) : Soumise à prescription acquisitive : personne qui a ouvertement, publiquement et continuellement possédé des biens non enregistrés pendant 10 ans de bonne foi (ou 40 ans dans certains contextes ruraux) peut revendiquer la propriété par prescription.
- Créances hypothécaires : Le droit de faire exécuter une hypothèque est accessoire à la dette principale — il se prescrit lorsque la dette sous-jacente le prescrit.
- Défauts de construction (vices cachés dans les contrats de construction) : En vertu du Code de Commerce et du DOC, les réclamations contre les entrepreneurs pour défauts de construction peuvent être soumises à une période de garantie décennale de 10 ans à compter de la livraison.
Ordonnance pénale
Le Code de Procédure Pénale (CPP) fixe des délais de prescription pour les poursuites pénales (ordonnance de l'action publique):
- Crimes (crimes) : 15 ans à compter de la date de commission (article 5 du RPC)
- Délits (délits) : 4 ans à compter de la date de commission (article 5 du RPC)
- Contraventions (infractions) : 1 an à compter de la date de commission
- Infractions terroristes : Prescription prolongée – généralement 30 ans pour les crimes terroristes
- Crimes contre l'humanité : Imprescriptible
La prescription pénale est interrompue par tout acte formel d'instruction ou de poursuite (mise en examen, enquête préliminaire, délivrance d'un mandat d'arrêt). Lorsqu'une victime civile (partie civile) se joint à une procédure pénale pour réclamer des dommages-intérêts, l'action civile suit les règles de prescription pénale, et non les règles civiles du DOC – une exception importante à noter.
Interruption et suspension
Interruption de Prescription
La prescription est interrompu lorsqu'un acte déterminé remet l'horloge à zéro : la période complète recommence à courir à zéro après l'acte d'interruption. Causes d'interruption selon la loi marocaine :
- Introduire une demande en justice : A compter de la date du dépôt, la prescription cesse et un nouveau délai commence après que le jugement soit devenu définitif
- Mise en demeure : Une mise en demeure extrajudiciaire adressée au débiteur interrompt la prescription et fait courir un nouveau délai complet
- Reconnaissance de dette : Tout acte par lequel le débiteur reconnaît sa dette — par écrit, en effectuant un paiement partiel ou en demandant un délai de grâce — interrompt la prescription.
- Saisie (saisie) : Une mesure de saisie interrompt la prescription de la créance saisie
Suspension (Suspension de Prescription)
La prescription est suspendu (en pause sans réinitialisation) dans certaines circonstances — le délai cesse de courir et reprend lorsque la cause de la suspension prend fin :
- Pendant la minorité du créancier (moins de 18 ans) — la prescription ne court pas contre les mineurs
- Entre époux — la prescription ne court pas pendant le mariage pour les créances entre époux
- Lorsqu'un débiteur a dissimulé sa créance par fraude, la suspension dure jusqu'à ce que le créancier découvre ou aurait raisonnablement pu découvrir la fraude.
- Force majeure empêchant le créancier d'agir — suspension jusqu'à la levée de l'obstacle
Effets de la prescription
A l’expiration du délai de prescription au Maroc :
- La prescription doit être levée par le défendeur : Les tribunaux marocains n'appliquent pas automatiquement la prescription (ex officio) : le défendeur doit l'invoquer à titre d'exception de prescription. Si le défendeur ne parvient pas à le soulever, le tribunal entendra l'affaire.
- L'obligation devient naturelle (obligation naturelle) : L’obligation sous-jacente ne s’éteint pas : elle perd simplement sa force exécutoire judiciaire. Un débiteur qui paie volontairement une dette prescrite ne peut alors réclamer le remboursement.
- Renoncer: Le débiteur peut renoncer à une prescription complétée, expressément ou implicitement (en reconnaissant la dette ou en effectuant un paiement partiel après l'expiration du délai). La renonciation fait redémarrer la prescription à zéro.
- Prescription partielle : Pour les obligations périodiques (loyer, salaire, acomptes), chaque paiement venant à échéance fait courir son propre délai de prescription : les acomptes antérieurs peuvent être prescrits, les acomptes ultérieurs ne le sont pas.
Foire aux questions
Quel est le délai de prescription générale pour les actions civiles au Maroc ?
Le délai général est de 15 ans en vertu du DOC pour les actions civiles personnelles. De nombreux délais spéciaux plus courts s'appliquent : 5 ans pour les dettes commerciales (Code de Commerce art. 5), 2 ans pour les créances sociales (Code du travail art. 395), et divers délais plus courts pour certains types de créances (1 an pour les chèques sans provision, etc.).
Comment interrompre la prescription au Maroc ?
La prescription est interrompue par : (1) le dépôt d'une action en justice ; 2° une mise en demeure; (3) une reconnaissance de dette par le débiteur (paiement partiel, reconnaissance écrite, demande de délai de grâce). Après interruption, le délai de prescription complet recommence à courir à zéro.
Quel est le délai de prescription des dettes commerciales au Maroc ?
5 ans au titre de l'article 5 du Code de Commerce, à compter de la date d'échéance de l'obligation commerciale. Des délais spéciaux plus courts s'appliquent aux chèques refusés (1 an), aux lettres de change (3 ans contre accepteur) et aux créances maritimes (1 an).
La prescription s’applique-t-elle aux créances immobilières au Maroc ?
Le titre foncier est protégé de manière absolue : aucune prescription n'éteint le titre enregistré. Les biens non enregistrés (melk) peuvent être acquis par possession adversative après 10 ans de possession de bonne foi. Les créances contractuelles sur les biens suivent leurs délais de prescription civile ou commerciale respectifs.
Que se passe-t-il à l'expiration du délai de prescription au Maroc ?
La demande devient judiciairement inopposable, mais seulement si le défendeur invoque l'exception de prescription. L'obligation sous-jacente survit en tant qu'obligation naturelle. Le paiement volontaire d’une dette prescrite est valide. La prescription doit être levée par le défendeur – les tribunaux ne l'appliquent pas automatiquement.
Clause de non-responsabilité
Cet article fournit des informations juridiques générales sur les délais de prescription en droit marocain. Il ne constitue pas un conseil juridique pour une situation spécifique. Les règles de prescription sont complexes et spécifiques à chaque cas : le délai applicable dépend de la nature de la réclamation, des parties impliquées et de la date à laquelle le droit est né. Ne vous fiez pas à ce guide pour déterminer si votre demande est prescrite. Consultez un avocat qualifié au Maroc le plus tôt possible pour évaluer votre situation.
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